J'ai volé des figues.
Il fut un temps, pas si lointain, un temps de gendarmes à cheval et de propriétaires ventrus,
-voler des pommes- était un crime!
Alors des figues!!
Elle sont le sexe du diable.
Elles contiennent la semence originelle des diablotins et autres malfaisants, les gnomes crapoussins et les cracheurs de feu.
Selon la religion il ne faut pas ingurgiter des figues, encore moins les VOLER.
La chaleur, l'immense ciel bleu, pas de vent, un peu de joie dans le coeur malgré mes tourments quotidiens,
je pris la route comme on prend celle que l'on aime, à bras le corps, et d'un pas alerte, je marchai sur le bitume odorant et poisseux.
Un coup de chapeau à droite au berger en surveillance assidue posté sur son rocher de granit, un autre à gauche à la vieille grognonne guettant les amoureux, claquement de la langue sur le palais pour faire venir Pilou, l'âne provençal, Bali, alezane pur sang, et je continue mon périple.
Enfin l'objet du délit.
La route, le fossé, entre les deux, le figuier centenaire, symbole de paix et d'abondance. Et, un peu en hauteur,
presque à la cime de l'arbre, quelques fruits violacés, probablement murs.
Dressé sur la pointe des pieds, j'ai tendu les bras, étiré le corps, agrippé la dernière branche, et avec beaucoup de douceur, en caresse d'amour, j'ai cueilli mes deux premières figues.
Sous le regard d'un chien errant, certainement à la recherche de pitance. Mais de pitance carnée.
La figue ne lui disait rien.
Retour à la maison.
Mon nid d'aigle battu par les vents.
J'ai ouvert mon premier livre de poésie.
"Dans la cour intérieure"
Dans la cour de la maison de nos ancêtres,
la maison familiale qui voit de temps à autre
le retour des enfants égarés,
les jours qui suivirent la mort de l'aïeule,
le figuier qui depuis notre enfance étalait ses branches
et nourrissait les oiseaux,
s'est abattu.
Une pourriture le rongeait à la base.
J'ai vu quelques pousses vigoureuses renaître,
plonger dans le profond du sol.
Maintenant elles dirigent leurs bras d'enfants,
avides,
vers le ciel bleu découpé entre les murs lézardés.
Les oiseaux reviennent,
des jeunes enfants jouent,
le calme de midi s'installe,
c'est une douce caresse,
un chant d'amour.
.