Ils étaient les hommes et les femmes du sable, du vent, de la lumière, de la nuit.


... en tête de la caravane, il y avait les hommes, enveloppés dans leurs manteaux de laine, leurs visages masqués par un voile bleu. Avec eux marchaient deux ou trois dromadaires, puis les chèvres et les moutons harcelés par les jeunes garçons. Les femmes fermaient la marche.


Désert. Le Clézio.

lundi 26 avril 2010

Prologue de LA FLEUR ROUGE/ Christian Cazals.Adaptation pour la scène du récit de l'auteur russe Vsevolod Garchine (1855-1888) Ed Actes Sud.

La scène se passe dans une cellule blanche de maison psychiatrique...

Ce que je voudrais dans cette explosion de joie, fragmentation des jours tristes qui s'éloignent, hurlement des animaux sauvages broyant mes os, souillant mes organes de la vie, de la vie qui file à la façon de la ligne du pêcheur brutalement tendue par l'espadon des mers du Sud, ce que je voudrais dans les tremblements de mon corps, ce que je voudrais apprendre des larmes qui subitement coulent le long de mes joues, déposant leur sel sur mes lèvres fissurées par le gel, ce que je voudrais... pourquoi la solitude, la marche insensée dans ce désert de mots, les mots qui sortent de ma bouche, se répandent sur le sable gris de mon espérance, espoir de fuite en avant, vers le soleil ou les astres lumineux perdus dans ce lointain désir que j'ai de purifier, de clarifier, d'ordonner, d'exciser pour découvrir l'intérieur de mes rêves, exciser le pistil d'une fleur, puis sucer la liqueur ambrée qui s'épanche et la boire indéfiniment, m'en gaver et la laisser lentement agir - longues années d'attente fébrile - longues années de prison, odeur des murs moisis, souvenir de ces odeurs qui reviennent régulièrement aux heures du soir, heures d'inquiétude quand le jardin s'assombrit, quand la lune grimpe le long du mur, ce mur couvert de lierre, là-bas, après le bâtiment qui gémit la respiration lente des corps qui souffrent. J'écoute le chien de garde servile, créature aux dents jaunes, déchaussées, qui sentent fort quand il s'approche pour m'observer par le judas, le regard et l'odeur... pestilentielle... LA CHAROGNE.

2 commentaires:

Jacqueline Waechter a dit…

Je découvre l'écriture fine et intime d'un auteur hypersensible, transfusée en clair au souffle de l'onde émotionnelle,
inscrivant la question humaine noir sur blanc,
esquissant le vide entre crochets que réalise en chaque corps l'espace exploré de toute forme de cruauté,
creusant en l'interrogation poétique le devenir de l'humanité souffrante et gémissante ...
Merci!

Barbe Leo a dit…

Bonjour,
Je connais bien ce livre, surtout la mise-en-scene de Cazals.
Le comédien qui l'a joué en 1999 était mon père, je peux dire qu'on en entends encore parler !
La plus grande pièce de sa vie !
Merci