Ils étaient les hommes et les femmes du sable, du vent, de la lumière, de la nuit.


... en tête de la caravane, il y avait les hommes, enveloppés dans leurs manteaux de laine, leurs visages masqués par un voile bleu. Avec eux marchaient deux ou trois dromadaires, puis les chèvres et les moutons harcelés par les jeunes garçons. Les femmes fermaient la marche.


Désert. Le Clézio.

lundi 17 mai 2010

Poème de Georg Trakl traduit par GUILLEVIC.

Suite au bref billet paru dans Textes et Fragments concernant le poète allemand G. Trakl , considéré par certains comme un autre Rimbaud
Pourquoi aimer Trakl et sa poésie? A cette étrange question posée par une de ses amies professeur en Allemagne GUILLEVIC répondit " parce qu'il m'empoigne, c'est tout ".
En effet la lecture des poèmes de Trakl, j'ajoute d'ailleurs leur interprétation, ne nous laisse pas insensible
à ce qui se dégage des mots. Il se répand en nous comme un frisson porteur des sensations que Trakl
désire nous communiquer.
Le dernier mot revient à GUILLEVIC qui nous dit:" Je n'ai rien dit. Parler de Trakl sert à quoi? Il faut lire ses poèmes. Même traduits, ils donnent, ils ouvrent un monde."

Le poème présenté maintenant : " A un jeune mort "  Edition OBSIDIANE


A un jeune mort








O,l’ange noir qui sortit lentement de l’intérieur de l’arbre,

Quand le soir nous étions doux compagnons de jeu,

Au bord de la fontaine tirant sur le bleu.

Tranquille était notre pas, les yeux ronds dans la fraîcheur brune de l’automne,

O, la douceur pourpre des étoiles.



Lui cependant descendit les marches de pierre

Du Mont-des-Moines,

Un sourire bleu sur le visage, étrangement chrysalidé

Dans son enfance plus calme, et mourut ;

Et dans le jardin resta le visage argentin de l’ami

Epiant dans le feuillage ou la vieille pierre.



L’âme chantait la mort, la verte putréfaction de la chair,

Il y avait le bruissement de la forêt,

La plainte ardente du gibier.

Dans le crépuscule, sonnaient toujours depuis les tours les cloches bleues du soir.



Vint l’heure où celui-ci vit les ombres dans le soleil pourpre,

Les ombres de la pourriture dans le branchage nu ;

Le soir, quand près du mur sombre chanta le merle,

L’esprit du jeune mort entra calmement dans la chambre.



O, le sang qui coule de la gorge de celui qui crie,

Fleur bleue ; ô la larme de feu

Pleurée dans la nuit.



Nuage d’or et temps. Dans la chambre solitaire

Tu fais du mort plus souvent ton hôte,

Tu vas dans un dialogue confiant sous les ormes

En descendant le long du fleuve vert.



Traduction de GUILLEVIC.

3 commentaires:

Jacqueline Waechter a dit…

Merci!

David Mazhari a dit…

Chaque mot est un balbutiement de lèvres
une putain que je suce.
Mon désir est là
sans que je prenne plaisir
c'est un travail que je dois accomplir.

Et je m'y adonne
Je m'y enfonce jusqu'au cri.

Dernier repli,
dernière sueur des langues,
verbe crachant ses pantelances de raison froide
dans l'humide brûlure…

Ce n'est pas un enfant qui naîtra
mais tout un ordre de viscères.

David Mazhari

David Mazhari a dit…

Je suis la sensation
la pulvérulence charnelle de sa matière
En moi s'écoule l'absinthe de ses yeux
tellement, je vois la digue qu'elle creuse
dans l'aurore.

Rien ne vérifie le vertige
l'avère
Je tremble en dissident de sa beauté
Seul écuissé
Mon corps
- langue muscle-membre -
tourne sa terre
et, dans la nuit remuante,
surpeuplée,

présente aux portes de son entaille
l'éclat, l'entre,
le jaillissement qui va
divisant le réel et l'apesanteur…