Ils étaient les hommes et les femmes du sable, du vent, de la lumière, de la nuit.


... en tête de la caravane, il y avait les hommes, enveloppés dans leurs manteaux de laine, leurs visages masqués par un voile bleu. Avec eux marchaient deux ou trois dromadaires, puis les chèvres et les moutons harcelés par les jeunes garçons. Les femmes fermaient la marche.


Désert. Le Clézio.

jeudi 2 septembre 2010

Le voleur de figues. C.C

J'ai volé des figues.
Il fut un temps, pas si lointain, un temps de gendarmes à cheval et de propriétaires ventrus,
-voler des pommes- était un crime!
Alors des figues!!

Elle sont le sexe du diable.
Elles contiennent la semence originelle des diablotins et autres malfaisants, les gnomes crapoussins et les cracheurs de feu.
Selon la religion il ne faut pas ingurgiter des figues, encore moins les VOLER.

La chaleur, l'immense ciel bleu, pas de vent, un peu de joie  dans le coeur malgré mes tourments quotidiens,
je pris la route comme on prend celle que l'on aime, à bras le corps, et d'un pas alerte, je marchai sur le bitume odorant et poisseux.
Un coup de chapeau à droite au berger en surveillance assidue posté sur son rocher de granit, un autre à gauche à la vieille grognonne guettant les amoureux, claquement de la langue sur le palais pour faire venir Pilou, l'âne provençal, Bali, alezane pur sang, et je continue mon périple.

Enfin l'objet du délit.
La route, le fossé, entre les deux, le figuier centenaire, symbole de paix et d'abondance. Et, un peu en hauteur,
presque à la cime de l'arbre, quelques fruits violacés, probablement murs.

Dressé sur la pointe des pieds, j'ai tendu les bras, étiré le corps, agrippé la dernière branche, et avec beaucoup de douceur, en caresse d'amour, j'ai cueilli mes deux premières figues.

Sous le regard d'un chien errant, certainement à la recherche de pitance. Mais de pitance carnée.
La figue ne lui disait rien.

Retour à la maison.
Mon nid d'aigle battu par les vents.
J'ai ouvert mon premier livre de poésie.

"Dans la cour intérieure"

Dans la cour de la maison de nos ancêtres,
la maison familiale qui voit de temps à autre
le retour des enfants égarés,
les jours qui suivirent la mort de l'aïeule,
le figuier qui depuis notre enfance étalait ses branches
et nourrissait les oiseaux,
s'est abattu.
Une pourriture le rongeait à la base.

J'ai vu quelques pousses vigoureuses renaître,
plonger dans le profond du sol.
Maintenant elles dirigent leurs bras d'enfants,
avides,
vers le ciel bleu découpé entre les murs lézardés.

Les oiseaux reviennent,
des jeunes enfants jouent,
le calme de midi s'installe,
c'est une douce caresse,
un chant d'amour.











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2 commentaires:

Jacqueline Waechter a dit…

J'aurais pu t'aimer d'une façon plus agréable pour toi.
Me prendre à ta surface et y rester.

C'est longtemps ce que tu as voulu. Eh bien non. J'ai été au fond.
Je n'ai pas tant admiré ce que tu montrais, ce que tout le monde pouvait voir, ce qui ébahissait le public. J'ai été au-delà et j'y ai découvert des trésors. Un homme que tu aurais séduit et dominé ne savourerait pas comme moi ton coeur aimant jusqu'en ses plus petits angles.

Ce que je sens pour toi n'est pas un fruit d'été, à peau lisse, qui tombe de la branche au moindre souffle et épate sur l'herbe son jus vermeil.

Il tient au tronc, à l'écorce dure comme un coco, ou garnie de piquants comme les figues de Barbarie.

Cela vous blesse les doigts, mais contient du lait.

Lettre à Louise Colet le 6 juillet 1852
Gustave Flaubert

croukougnouche a dit…

les figues sont miel et âpreté mêlés , comme les instants volés au vent de la vie: à savourer assis au bord du chemin en regardant tomber les premières feuilles de l'Automne.